CATÉGORIETV & radio

Et si on achetait un zoo ?

Quand j’étais petit, je rêvais de travailler dans un zoo. Plus précisément, je voulais « construire les endroits dans lesquels vivent les animaux », par exemple le rocher des ours blancs avec la piscine d’eau glacée juste en dessous. Pourquoi ? Aucune idée. Mais cette vocation précoce m’est revenue à l’esprit alors que je passais devant l’affiche du film Nouveau départ, à la base line prometteuse : « Et si on achetait un zoo ? »

Affiche Nouveau départ ; Et si on achetait un zoo ?

Je devrais écrire plus de billets sur les base line de film, la dernière en date doit être celle sur Shark 3D. Pourtant, ces quelques mots qui viennent signer l’identité d’un film (et éventuellement susciter une envie irrépressible de se rendre dans une salle de cinéma) cachent de véritables merveilles et de complets désastres aussi. Généralement, ce n’est pas très difficile de les reconnaître, mais je vous soumets tout de même un petit exercice pratique : sortez la base line de son contexte et faites-en une réplique de la vie ordinaire. Par exemple, vous êtes à table le soir, et entre la poire et le fromage, vous déclarez à l’être aimé, sur un ton très sérieux : « Chéri(e), et si on achetait un zoo ? ». Je vous laisse imaginer la réponse de votre moitié qui ne partage sûrement pas mes rêves d’enfant…

Tu veux des rencontres, vivre une aventure, goûter mes spécialités gourmandes ?

« Tu veux des rencontres, vivre une aventure, goûter mes spécialités gourmandes ? Alors viens chez moi. Je suis… » Mais qui suis-je au juste à votre avis : une hôtesse de minitel rose ? Perdu : je suis le Jura.

Jura sexy

Pari très osé pour Jura tourisme avec un spot radio qui parodie ouvertement les publicités pour les sites de rencontre ou les services de téléphone rose : sous-entendus coquins, voix féminine qui surjoue la sensualité, réalisation cheap… Est-ce que cette campagne se traduira par de nouveaux visiteurs pour les montages franco-suisses ? Je l’ignore, mais en tout cas moi, elle m’a bien fait rire. Ah oui, au fait, une précision pour les érudits qui liront ces lignes : la figure de style qui consiste à faire parler un lieu personnifié (comme les montagnes du Jura) s’appelle une prosopopée.

Mad men : Quand les hommes étaient des hommes et les femmes portaient des jupes

Mad Men est un passage obligé pour Langue de pub.   Rattrapage accéléré pour ceux d’entre vous qui seraient passés à côté de cette excellente série : elle raconte les aventures d’un publicitaire new-yorkais des années 60. Grands mythes américains (Marilyn Monroe, JFK…), icônes de la société de consommation (Coca-Cola, Lucky Strike…), avatars dramatiques de la guerre froide (crise des missiles de Cuba, guerre du Vietnam…) : ce sont des pans entiers de notre histoire et surtout de notre imaginaire qui se jouent face au cynique et mystérieux Don Draper.

Mad Men, quand les hommes étaient des hommes et les femmes portaient des jupes

Je pourrais parler de cette série pendant des heures, et d’ailleurs il y aurait beaucoup à dire sur certains des slogans et concepts qui sont proposés par les équipes créatives de Sterling Cooper au fil des épisodes. Mais ce qui retiendra pour le moment mon attention (et je vous  encourage par ailleurs  vivement à vous plonger dans Mad Men), c’est le slogan de la série (français, je n’en ai pas trouvé de trace en version originale) : « Quand les hommes étaient des hommes, et les femmes portaient des jupes ».

Réactionnaire et subversif

Un slogan très riche, digne de Don Draper ! Stylistiquement, il fonctionne comme un chiasme, c’est-à-dire un croisement d’éléments dans une phrase dans le but de lui donner du rythme et de dessiner des parallélismes ; l’imperfection du chiasme (homme/homme ; femme/jupe) contribue justement à le teinter d’humour. S’y ajoutent encore une tautologie (« quand les hommes étaient des hommes ») teintée de clichés et de nostalgie machiste qui colle à merveille avec l’esprit de la série à la fois subversif (Mad Men se déroule dans les années 60… âge de bohème artistique et d’expérimentations chimiques) et réactionnaire (Mad Men se déroule dans les années 60… quand la ségrégation existait encore dans les Etats du sud américain, quand les femmes respectables et mariées ne travaillaient pas et que les autres étaient presque toutes secrétaires…). Si loin, si proche de notre XXIe siècle ?

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