Comment mettre 11 Brésiliens dans une bouteille de jus d’orange ?

Les jus de fruit ou le marketing ? Difficile de dire ce que je préfère chez Innocent. Ce qui est certain, c’est que depuis les grands paquets de céréales de mon enfance (je mangeais des Smacks ou des Frosties et il y avait toujours au dos de la boîte un jeu et/ou un texte “amusant” du genre “Sais-tu pourquoi les singes mangent des bananes ?” ), mes yeux embués de sommeil ne savaient plus trop quoi lire à l’heure du petit déj’.

Etiquette bouteille jus d'orange Innocent "le 11 brésilien"

 

Heureusement, les briques (de smoothies) et les bouteilles (de jus d’orange, c’est tout nouveau) Innocent proposent plus de textes que certains magazines féminins. Avec un ton gentiment décalé – plutôt calibré pour les bobos qui doivent former le coeur de cible de la marque, mais qui ne manquera d’arracher un sourire même au moins second degré des buveurs de smoothie ananas-passion… Alors, voilà je l’ai dit, Innocent vient de sortir une gamme de pur jus de fruits, qui vient compléter ses fameux smoothies. Or, figurez-vous qu’il faut 11 oranges du Brésil pour remplir l’une de leurs précieuses bouteilles. Drôle de coïncidence… il ne restait à Innocent qu’à raconter l’histoire de cette équipe de foot brésilienne coincée dans une bouteille. On est loin des jus de fruits quand même non ? C’est ce qu’on appelle du storytelling.

Qui nous promet un monde plus rose ?

Certains produits sont tellement simples et basiques qu’ils laissent très peu de marge de manœuvre à la créativité de ceux qui sont censés contribuer à faire parler d’eux et à les vendre. Il arrive alors que le discours de marque fasse un immense pas de côté et parle de tout autre chose que du produit lui-même. C’est ce qu’on appelle le brand content (exemple : vous fabriquez des voitures et vous parlez de liberté). Mais parfois, le fil entre le produit et le discours est si ténu qu’il en devient difficile de deviner a priori quelle est la marque qui se cache derrière ces belles paroles. Un exemple sous forme de jeu.

Paquet sucre Daddy

Question donc : à votre avis, quelle marque imprime le texte à droite sur ses packagings ? Une société de farces et attrapes ? Un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les anti-dépresseurs ? Un voyagiste ? Non, non, et non… Mais alors, qui peut promettre un monde plus rose ? Le Parti socialiste ?

La réponse ci-dessous en scrollant un peu…

… Daddy sucre !

Étonnant non ?Paquet sucre Daddy

Les pubards fans des Smiths

Qu’est-ce qu’un classique ? A l’époque lointaine de mes études, j’ai soutenu un oral de concours sur cette question. Ma réponse n’a pas vraiment plu au jury, puisque je m’en suis tiré avec une très mauvaise note. Je ne suis pas certain que j’en obtiendrais une meilleure aujourd’hui, mais je pense que j’ajouterais à mon laïus une tirade nettement plus mercantile : est-ce qu’on ne reconnaîtrait pas un vrai classique à son  utilisation immodérée dans la publicité ? Démonstration ci-dessous avec une chanson mythique des Smiths, au titre prédisposé pour un usage marketing : There is a light that never goes out.

Affiche luminaires There is a light that never goes out

Hier, en me promenant je suis tombé sur la vitrine ci-dessus. Je précise qu’il s’agit d’un magasin de luminaires, ce qui fait finalement plutôt sens par rapport au titre de la chanson (sic). Ah ! Utiliser l’un des chefs d’œuvre de la pop anglaise des années 80 pour vendre des lampes… Bref, on en a vu d’autres n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, passé le choc, je me suis souvenu :

1/ que There is a light that never goes out jouait un rôle assez amusant dans la comédie romantique récente (500) jours ensemble, avec Joseph Gordon-Levitt ;

2/ qu’il y a quelques années déjà (je pense que c’était en 2009 ou 2010 : languedepub n’était encore qu’une lueur de désir dans mon regard, mais j’amassais déjà quelques-uns des dossiers que je partage aujourd’hui avec vous), une autre enseigne utilisait cette belle formule signée Morrissey. Je crois qu’il s’agissait d’une boutique Kooples (ou peut-être Sandro), rue du Louvres, mais je n’en suis pas absolument certain.

There is a light that never goes out vitrine Kooples

Là évidemment, on est moins dans l’explicite et le concret, il ne s’agit plus de désigner la lumière d’une ampoule ou d’une applique, mais une lueur chic et rock qui signe un style et un esprit. Signe de reconnaissance ultime, cet usage publicitaire fait l’économie de toute référence à l’auteur original, comme si la chanson des Smiths était tombée dans la culture commune et que tout un chacun – ou en tout cas tout client potentiel distingué et désirable – est supposé la connaître… Et que ce serait une insulte que de lui rappeler qui donc est son auteur.

There is a light that never goes out tatouage