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Levi’s : et 1789 devient une paire de 501

Quand les petites histoires épicières des storytellers de la pub essaient de se greffer sur la grande Histoire, le résultat est souvent comique, ridicule, voire un peu choquant. Surtout quand lesdites campagnes de pub se prennent trop au sérieux et oublient complètement le second degré. Exemple : Levi’s ouvre un nouveau magasin sur les Champs-Elysées et à cette occasion se fend d’une campagne centrée sur l’amitié franco-américaine… qui va un peu loin, puisqu’à croire le manufacturier de jeans, Levi’s est une sorte de fils spirituel de nos sans-culottes nationaux. Rien que ça !Affiche Levi's "Chère France, il y a environ 250 ans..."

 

Ok La Fayette est l’un des rares citoyens d’honneur des Etats-Unis. Ok la France est l’un des seuls pays occidentaux qui n’a jamais été en guerre avec Etats-Unis. Mais est-ce que ça suffit à inscrire Levi’s dans la droite lignée de la révolution française ? Est-ce que les références fréquentes de Jean-Luc Mélenchon à 1789 et 1793 durant la campagne présidentielle auraient influencé l’agence de pub de Levi’s ?

Car c’est un sacré grand écart qu’effectue sans broncher une affiche présente à peu près partout dans le métro en ce moment et qui arbore une sorte de lettre ou de déclaration d’amour à la France. Je ne résiste pas au plaisir de reprendre intégralement son texte ci-dessous :

Chère France,

Il y a environ 250 ans, le peuple français s’indignait qu’une poignée de puissants décident du sort du plus grand nombre : tous les hommes devaient naître égaux. Depuis, c’est à vous que nous devons le courage de penser autrement. Sans vous, pas de pionniers, pas de preneurs de risques (1), pas de “success stories”, comme (2) l’histoire de ce simple jean devenu iconique, dans lequel hommes et femmes continuent d’accomplir leurs rêves les plus fous. A notre façon, nous voulons vous rendre la pareille (3) en ouvrant un nouvel espace dédié au progrès que vous avez inspiré.

LEVI’S

J’ai graissé mes passages préférés de cette épître aux Français.

(1) En tant que Français, tout d’abord, je me sens vraiment flatté que la Révolution française ait pu accoucher en définitive d’une génération de gens assez courageux et intrépides pour vendre des jeans partout dans le monde. Je pense d’ailleurs que Robespierre, Marat ou Danton n’avaient finalement pas d’autre but que de rendre possible la vente massive de pantalons (pardon de culottes).

(2) Ce “comme” est tout simplement stupéfiant. L’un de ces immenses raccourcis qui permet à la publicité de parasiter tout et n’importe quoi. Ou comment passer de 1789 au 501 en un coup de baguette magique. D’ailleurs, je vous invite à remplacer ce qui suit le “comme” par à peu près n’importe quel texte vantant les mérites de n’importe quel produit du textile à l’alimentaire, en passant par l’automobile ou la restauration.

(3) “Nous voulons vous rendre la pareille”. Oh ! Mais merci Levi”s de remercier nos ancêtres en ouvrant pour leurs arrière-petits enfants une magnifique boutique où ils pourront venir dépenser leurs sous. C’est vraiment le genre d’euphémisme (je suis gentil) ou plutôt de mensonge digne du Novlangue d’Orwell que je déteste dans la publicité. Ou quand l’ouverture d’un magasin devient une faveur faite au consommateur.

Levi's vive les friends !

Comment mettre 11 Brésiliens dans une bouteille de jus d’orange ?

Les jus de fruit ou le marketing ? Difficile de dire ce que je préfère chez Innocent. Ce qui est certain, c’est que depuis les grands paquets de céréales de mon enfance (je mangeais des Smacks ou des Frosties et il y avait toujours au dos de la boîte un jeu et/ou un texte “amusant” du genre “Sais-tu pourquoi les singes mangent des bananes ?” ), mes yeux embués de sommeil ne savaient plus trop quoi lire à l’heure du petit déj’.

Etiquette bouteille jus d'orange Innocent "le 11 brésilien"

 

Heureusement, les briques (de smoothies) et les bouteilles (de jus d’orange, c’est tout nouveau) Innocent proposent plus de textes que certains magazines féminins. Avec un ton gentiment décalé – plutôt calibré pour les bobos qui doivent former le coeur de cible de la marque, mais qui ne manquera d’arracher un sourire même au moins second degré des buveurs de smoothie ananas-passion… Alors, voilà je l’ai dit, Innocent vient de sortir une gamme de pur jus de fruits, qui vient compléter ses fameux smoothies. Or, figurez-vous qu’il faut 11 oranges du Brésil pour remplir l’une de leurs précieuses bouteilles. Drôle de coïncidence… il ne restait à Innocent qu’à raconter l’histoire de cette équipe de foot brésilienne coincée dans une bouteille. On est loin des jus de fruits quand même non ? C’est ce qu’on appelle du storytelling.

Qui nous promet un monde plus rose ?

Certains produits sont tellement simples et basiques qu’ils laissent très peu de marge de manœuvre à la créativité de ceux qui sont censés contribuer à faire parler d’eux et à les vendre. Il arrive alors que le discours de marque fasse un immense pas de côté et parle de tout autre chose que du produit lui-même. C’est ce qu’on appelle le brand content (exemple : vous fabriquez des voitures et vous parlez de liberté). Mais parfois, le fil entre le produit et le discours est si ténu qu’il en devient difficile de deviner a priori quelle est la marque qui se cache derrière ces belles paroles. Un exemple sous forme de jeu.

Paquet sucre Daddy

Question donc : à votre avis, quelle marque imprime le texte à droite sur ses packagings ? Une société de farces et attrapes ? Un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les anti-dépresseurs ? Un voyagiste ? Non, non, et non… Mais alors, qui peut promettre un monde plus rose ? Le Parti socialiste ?

La réponse ci-dessous en scrollant un peu…

… Daddy sucre !

Étonnant non ?Paquet sucre Daddy