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Maman, je thé-me !

Un pense-bête pour tous les étourdis : dimanche, c’est la fête des mères. Et que dit-on à sa maman le 3 juin ? “Maman, je t’aime !” ou encore… une variation gnian-gnian comme celle que propose le chocolatier De Neuville “Maman, je thé-me !”. Pourquoi parle-t-on de thé d’ailleurs quand on vend du chocolat ? Mais parce que les délicieuses bouchées sont garnies de ganache au thé. Et c’est bien connu toutes les mamans aiment le thé (en ce qui concerne le chocolat au thé, je suis plus circonspect : ma maman en tout cas, elle n’aimera pas !)

Affiche chocolats De Neuville : "Maman, je thé-me"

Levi’s : et 1789 devient une paire de 501

Quand les petites histoires épicières des storytellers de la pub essaient de se greffer sur la grande Histoire, le résultat est souvent comique, ridicule, voire un peu choquant. Surtout quand lesdites campagnes de pub se prennent trop au sérieux et oublient complètement le second degré. Exemple : Levi’s ouvre un nouveau magasin sur les Champs-Elysées et à cette occasion se fend d’une campagne centrée sur l’amitié franco-américaine… qui va un peu loin, puisqu’à croire le manufacturier de jeans, Levi’s est une sorte de fils spirituel de nos sans-culottes nationaux. Rien que ça !Affiche Levi's "Chère France, il y a environ 250 ans..."

 

Ok La Fayette est l’un des rares citoyens d’honneur des Etats-Unis. Ok la France est l’un des seuls pays occidentaux qui n’a jamais été en guerre avec Etats-Unis. Mais est-ce que ça suffit à inscrire Levi’s dans la droite lignée de la révolution française ? Est-ce que les références fréquentes de Jean-Luc Mélenchon à 1789 et 1793 durant la campagne présidentielle auraient influencé l’agence de pub de Levi’s ?

Car c’est un sacré grand écart qu’effectue sans broncher une affiche présente à peu près partout dans le métro en ce moment et qui arbore une sorte de lettre ou de déclaration d’amour à la France. Je ne résiste pas au plaisir de reprendre intégralement son texte ci-dessous :

Chère France,

Il y a environ 250 ans, le peuple français s’indignait qu’une poignée de puissants décident du sort du plus grand nombre : tous les hommes devaient naître égaux. Depuis, c’est à vous que nous devons le courage de penser autrement. Sans vous, pas de pionniers, pas de preneurs de risques (1), pas de “success stories”, comme (2) l’histoire de ce simple jean devenu iconique, dans lequel hommes et femmes continuent d’accomplir leurs rêves les plus fous. A notre façon, nous voulons vous rendre la pareille (3) en ouvrant un nouvel espace dédié au progrès que vous avez inspiré.

LEVI’S

J’ai graissé mes passages préférés de cette épître aux Français.

(1) En tant que Français, tout d’abord, je me sens vraiment flatté que la Révolution française ait pu accoucher en définitive d’une génération de gens assez courageux et intrépides pour vendre des jeans partout dans le monde. Je pense d’ailleurs que Robespierre, Marat ou Danton n’avaient finalement pas d’autre but que de rendre possible la vente massive de pantalons (pardon de culottes).

(2) Ce “comme” est tout simplement stupéfiant. L’un de ces immenses raccourcis qui permet à la publicité de parasiter tout et n’importe quoi. Ou comment passer de 1789 au 501 en un coup de baguette magique. D’ailleurs, je vous invite à remplacer ce qui suit le “comme” par à peu près n’importe quel texte vantant les mérites de n’importe quel produit du textile à l’alimentaire, en passant par l’automobile ou la restauration.

(3) “Nous voulons vous rendre la pareille”. Oh ! Mais merci Levi”s de remercier nos ancêtres en ouvrant pour leurs arrière-petits enfants une magnifique boutique où ils pourront venir dépenser leurs sous. C’est vraiment le genre d’euphémisme (je suis gentil) ou plutôt de mensonge digne du Novlangue d’Orwell que je déteste dans la publicité. Ou quand l’ouverture d’un magasin devient une faveur faite au consommateur.

Levi's vive les friends !

Les pubards fans des Smiths

Qu’est-ce qu’un classique ? A l’époque lointaine de mes études, j’ai soutenu un oral de concours sur cette question. Ma réponse n’a pas vraiment plu au jury, puisque je m’en suis tiré avec une très mauvaise note. Je ne suis pas certain que j’en obtiendrais une meilleure aujourd’hui, mais je pense que j’ajouterais à mon laïus une tirade nettement plus mercantile : est-ce qu’on ne reconnaîtrait pas un vrai classique à son  utilisation immodérée dans la publicité ? Démonstration ci-dessous avec une chanson mythique des Smiths, au titre prédisposé pour un usage marketing : There is a light that never goes out.

Affiche luminaires There is a light that never goes out

Hier, en me promenant je suis tombé sur la vitrine ci-dessus. Je précise qu’il s’agit d’un magasin de luminaires, ce qui fait finalement plutôt sens par rapport au titre de la chanson (sic). Ah ! Utiliser l’un des chefs d’œuvre de la pop anglaise des années 80 pour vendre des lampes… Bref, on en a vu d’autres n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, passé le choc, je me suis souvenu :

1/ que There is a light that never goes out jouait un rôle assez amusant dans la comédie romantique récente (500) jours ensemble, avec Joseph Gordon-Levitt ;

2/ qu’il y a quelques années déjà (je pense que c’était en 2009 ou 2010 : languedepub n’était encore qu’une lueur de désir dans mon regard, mais j’amassais déjà quelques-uns des dossiers que je partage aujourd’hui avec vous), une autre enseigne utilisait cette belle formule signée Morrissey. Je crois qu’il s’agissait d’une boutique Kooples (ou peut-être Sandro), rue du Louvres, mais je n’en suis pas absolument certain.

There is a light that never goes out vitrine Kooples

Là évidemment, on est moins dans l’explicite et le concret, il ne s’agit plus de désigner la lumière d’une ampoule ou d’une applique, mais une lueur chic et rock qui signe un style et un esprit. Signe de reconnaissance ultime, cet usage publicitaire fait l’économie de toute référence à l’auteur original, comme si la chanson des Smiths était tombée dans la culture commune et que tout un chacun – ou en tout cas tout client potentiel distingué et désirable – est supposé la connaître… Et que ce serait une insulte que de lui rappeler qui donc est son auteur.

There is a light that never goes out tatouage